L'un à droite, intitule son roman Au plaisir
de Dieu, l'autre à gauche dénonce La tyrannie du
plaisir. Dans ce perpétuel aller et retour du balancier, il
est indispensable aujourd'hui de voir clair.
Contrairement à une tradition récente
due au puritanisme du XIXe siècle qui confondit la peur du
plaisir avec sa maîtrise, le christianisme en
général, et l'Eglise en particulier, n'ont jamais
été hostiles à la jouissance dans l'union
charnelle et aux bonheurs dans la vie quotidienne. Tout au plus
ont-ils stigmatisé leur recherche exclusive et
égoïste sous le terme technique d'hédonisme, telle
qu'elle triompha à différentes époques et
notamment après mai 1968, sous l'expression "jouir sans
entrave" ou "s'éclater". L'essentiel reste un enseignement
portant sur la découverte des paradoxes du
plaisir.
Il est
aujourd'hui nécessaire d'éduquer au plaisir. Sans le
réduire à l'orgasme, tout en l'élargissant au
plaisir de faire plaisir à l'autre, il peut alors construire
le couple, en épanouissant l'autre. Mais cela ne se produit
qu'à l'expresse condition de s'y abandonner, non de vouloir le
prendre. Sinon, il demeure toujours inassouvi au point de provoquer
le dégoût, comme ce fut le cas chez les stoïciens
ou dans le cadre d'une ascèse chrétienne mal comprise
visant à son impossible suppression. Au fond, le plaisir est
ambigu.
Ce
premier constat permet de le distinguer, dans l'Evangile, du don
gratuit qu'est la joie, et d'apercevoir dans l'étonnante
liberté du Christ sa tempérance, vertu cardinale de
l'équilibre dans les plaisirs. N'en déplaise à
ceux qui le traitent de glouton malgré ses jeûnes, il
est le maître de ses désirs. Les désirs de
l'homme que domina le Christ, la jouissance, la puissance, le sens,
c'est-à-dire les trois concupiscences dont parle
l'apôtre Jean (1 Jn 2,16), sont ceux du monde. "Or le monde
passe avec ses convoitises, mais celui qui fait la volonté de
Dieu, demeure éternellement". Le plaisir ainsi orienté
vers Dieu prend tout son sens, anticipation de la joie. Alors donnons
et vivons le sens des sens.
Michel
Rouche


