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Hans Urs von Balthasar

Introduction :

Il est des hommes qui traduisent par leur vie et leur mort un engagement pleinement évangélique. Il en est d'autre qui ont surtout une activité intellectuelle et spirituelle, mais qui dans leurs écrits transcendent une vérité plus grande qu'eux même, une étincelle révélatrice de Dieu.

Le hasard des lectures nous font découvrir parfois des pépites qui valent le détour, réveillent en nous des pensées qui nous transcendent.

La lecture longue et fastidieuse des tomes de "la Gloire et la Croix" pourrait en rebuter plus d'un. Mais il serait dommage de ne pas mettre en lumière quelques courts extraits qui a eux seuls valent un détour.

Le début de l'ouvrage est un hymne à la beauté, qui ne laisse pas indifférent. Par ce discours pour la réintroduction d'une esthétique dans la théologie, Urs von Balthasar nous montre par petites touches concentriques que la Beauté est la porte silencieuse du travail en nous de Dieu, une invitation à la contemplation...

Le lecteur est cependant averti que ce texte est plus intellectuel que la contemplation de vie de saints de son enfance. Il s'agit d'un apprentissage plus essentiel, propre à une recherche adulte de la foi.

Les pages qui suivent constituent une lecture personnelle, aller retour entre un texte et le lecteur. La logique suivie est celle de l'auteur mais les disgressions du "lecteur" peuvent paraître surprenantes. Elles révèlent une démarche intérieure, propre et que l'on peut ne pas retenir...

Commentaires* :

a) La beauté, porte du ciel ?

Urs von Balthasar fait remarquer dans l'introduction de son ouvrage qu'un mot est exclu du vocabulaire y compris de la théologie : la Beauté... Un hymne à la beauté pourra-t-il exprimer le sens profond du conjugal. Alors que dans un monde ou l'on ne croit plus au beau naturel, on assiste à un échappement du réel, une recherche de la beauté virtuelle qui s'éloigne de l'intériorité. Or l'aspiration intérieure (éthique) à la beauté ne traduit-elle pas un retour à l'essentiel, et l'hyperbole... La retrouver en soi ou dans l'autre c'est retrouver un chemin vers l'humilité intérieure qui laissera place à l'irruption du divin en nous. La recherche de l'autre idéal, poussé par le désir intrinsèque à l'homme se heurte à l'insatisfaction du réel. Mais le travail des années, la fidélité éprouvée laisse transparaître au delà de l'esthétique superficielle, une beauté plus intérieure, une apparition (épiphanie disait Lévinas) qui dépasse de loin toute oeuvre humaine et touche au divin.

La beauté est une belle introduction au conjugal. Dans l'engagement du mariage chrétien (cf bas de page 23), le couple remplit sa mission que s'il devient figure du Christ.

Souvent, il arrive en effet que le consentement des fiancés soit échangé sur la base d'un autre "idéalisé", mais le mariage sera rencontre de deux réels, avec leur joies et peines intérieures. A l'intersection même de ces deux réels peut advenir une étincelle de joie intense, beauté incomparable de la rencontre de deux êtres. Et cette rencontre EST image de l'amour infini...

En réinsistant sur la place de la beauté dans la théologie, Urs von Balthasar introduit ainsi une voie vers l'hyperbole qui sera, d'une certaine manière reprise par Paul Beauchamp dans la Loi de Dieu...

Mettre l'accent sur la beauté, n'est-ce pas introduire un chemin de conversion qui dépasse la réponse à une loi et ouvre l'esprit à devenir réceptif à un appel plus fort mais plus libre. Dieu donne la beauté d'un autre, d'un sentiment pour réveiller en moi une autre beauté intérieure.

 

b) Figure biblique...

Les 4 évangiles forment un système de points de vue... (p. 27), ils impriment un relief stéréoscopique de la Parole. Avec les figures bibliques l'homme s'ouvre à une interrogation intérieure. " Sans figure, l'homme ne peut être ravi ni transporté. Or, être transporté est à l'origine du Christianisme..." (ibid p. 28). Seule l'hyperbole au sens donné par Beauchamp est ainsi vecteur d'élévation... Urs von Balthasar évoque ainsi (ibid p. 30) les vertus de l'enthousiasme, comme un esprit qui contient ce dieu (en-thousiasmos). Il souligne qu'entre création artistique et Esprit supérieur, il y a un pas qui peut nous conduire à la foi... Comme le prophète au service du divin, l'art de la figure nous prépare à autre chose.

 

c) Homme et femme à l'image de Dieu...

De la même manière, on pourrait dire qu'être couple, est un art au service de l'agir divin.. ? Ne serait-ce pas au coeur de l'image sacramentelle et du signe efficace (ce qui définit le sacrement). Qu'il y ait dans la création édénique de la femme une cristallisation symbolique de l'agir esthétique du divin ne fait qu'appeler en retour la création du conjugal comme signe efficace de la figure, pré-figure de l'unique...

La beauté de l'homme et de la nature est une introduction à la beauté de Dieu. Elle nous permet de nous ouvrir à la contemplation du Dieu parfait, de la Trinité qui donne joie, de l'Incarnation qui représente au sein de la Trinité la beauté de Dieu (p. 48). Dieu se répand en apparition, en épiphanies, qui nous font toucher, par petites figures successives à une beauté plus transcendantale.

Or cette beauté est prévue, pensée dès l'origine. "Dieu vit que cela était bon". Comme la poésie est irruption dans le monde de la prose, le beau est une épiphanie du divin...Comme le dit Urs von Balthasar (p. 54) en citant Nebel " Le festival de la beauté nous mène au seuil puis il nous dit d'éteindre pour que l'inouï puisse se produire... Mais pour cela, il faut mourir à soi-même, reconnaître sa petitesse pour ressusciter en Christ.

Le beau, c'est la nature elle même, dans sa pureté originelle, son caractère sensible et même dans sa sensualité et son érotisme. C'est en donnant la vie que l'homme se rapproche de Dieu. Mais le chrétien sait et sent que la nature s'est éloignée de son origine : la parole de Dieu ne se fait plus entendre en tous les êtres, et le voile qui recouvre la face de Dieu dissimule aussi la splendeur de la nature. l'esthétique est atteinte à travers la vanité et irréalité du péché originel. Le Christ seul dévoile...

Une philosophie de la contemplation, de l'évidence, du signe et de l'expérience devient alors plus importante et fondamentale que toute démonstration.

On est alors invité à faire un recueillement intérieur, un silence qui laisse place à la méditation et la prière...Il ne s'agit pas pour autant de déifier la nature succombant ainsi à la tentation grecque, mais d'entrer dans le silence intérieur qui laisse place à la brise, comme l'exprime déjà 1 Rois 19. Là est l'originalité du christianisme... L'unité du Christ et de son église est le silence d'une contemplation du don jusqu'à l'abandon...

 

d) Stérilité, non sens ?

La stérilité n'est-elle pas une phase ultérieure, un dépassement du don de la nature vers une rencontre plus contemplative de Dieu. Dépasser sa souffrance pour se laisser aller dans un abandon de ses pulsions de vie à une communion plus intense avec le divin..

 

e) Qu'est-ce que la foi...

Urs von Balthasar fait la distinction entre la simple foi (p.114 - rapport purement extérieur avec le contenu de la foi), ce qui est une foi d'autorité (obéissance à la prédication ecclésiale) et enfin celle du chrétien qui s'efforce énergiquement de s'approprier intérieurement ce qu'il croit et voit par lui même : le contenu de la foi se déployer devant sa contemplation... Il y a donc un besoin croissant d'intelligence, signe de maturité et d'appropriation de la foi. Elle nécessite une meilleure compréhension du mystère, une soif intérieure qui comme l'eau vive prêchée par Jésus à la Samaritaine est d'un autre ordre. Sortir de la seule obéissance ecclésiale, pour la dépasser et chercher à contempler en soi et dans l'autre la face de Dieu est un acte de foi adulte.

En faisant cela, le chrétien ne s'élève pas en dessus de l'Eglise mais trouve en cette prédication le Verbe de Dieu, se révélant et qui s'illumine toujours plus clairement et l'unit intérieurement à soi. Pour cela, ajoute Urs von Balthasar, il ne faut pas se concentrer sur le Père uniquement (gnose hérétique) non sur le fils uniquement mais vers le Père, à travers le Fils (p.115) Mourir en Christ touche à une expérience mystique fondamentale. Les expériences mystiques de St Thomas et St Jean de la Croix indiquent cette voie. Mais les signes sont complétés par la bonté. "Se laisser aller à la pesanteur de son amour pour Dieu enraciné au plus profond de sa nature ne peut que s'achever dans la foi aimante".

La figure visible de la beauté ne renvoie pas seulement à une profondeur mystérieuse invisible mais la révèle tout en la cachant et la voilant. Il faut pour cela introduire une distance spirituelle qui fait émerger la beauté. On peut dire cela, à l'extrême de la sexualité. L'apprentissage, au delà du visage, d'une beauté intérieure, le silence et la distance, chasteté d'une préparation à la rencontre peut être signe d'autre chose, rencontre qui peut aller jusqu'à une liturgie (comme le souligne Jean Paul II dans ses catéchèses du mercredi).

 

f) La beauté au service de ma conversion intérieure.

La beauté génère en soi une exigence intérieure et un renoncement. Deux attitudes qui permettent de laisser place à la première lueur d'une attitude de foi. On retrouve ici des accents de Corinthiens 13 mais également un lien entre amour, beauté intérieure et confiance qui fonde le lien conjugal. Le Christ figure déguisée, incognito mais indéchiffrable appelle à une contemplation, comme le couple appelle à la contemplation d'un autre que soi, petite anthropologie réductrice de la contemplation du Christ en tant que Dieu fait homme....

Méditer sur l'autre et plus encore, le tout-autre, c'est appréhender et recevoir la manifestation de son intériorité qui nous dépasse...

"De même qu'une fleur n'est vue telle qu'elle se donne que si elle est aperçue et conçue comme la manifestation d'une certaine profondeur de vie, de même la figure de Jésus n'est vue que telle qu'elle se donne elle même que si elle est appréhendée et reçue comme la manifestation d'une profondeur divine dépassant toute la nature du monde." (p. 128)

 

g) Le saut de la foi...

De même, pourrait-on ajouter, le couple est plus révélateur de Dieu que tout idéalisme philosophique dans la mesure où il est image d'incarnation du Christ, et en ce sens nous pousse à une découverte des enjeux du réel et d'une incarnation véritable. Urs von Balthasar cite p.132 cette phrase de Claudel : "Dieu est donné sous le mode de l'absence. Il est donné à l'esprit comme principe fini, mais l'esprit atteint l'être réel" et poursuit sur une vision d'Heidegger qui parle de l'extase qui réunit effroi et angoisse de l'esprit fini, qui en pensant, découvre en soi l'ouverture de l'infini et le ravissement devant l'apparition d'une plénitude et d'une source qui donnent et protègent.

Dans la dialectique de l'extase, dans la rencontre de l'être comme amour la menace de la finitude est dissipée par l'infini. Dieu lui même l'a prise en lui dans son incarnation. L'abandon de l'esprit dans l'abîme de cet amour est (...) un renoncement à toutes les certitudes finies même spirituelles mais il est abandon de soi en Dieu.

Il faut cependant passer par la découverte de la Trinité pour s'imprégner du mystère et on retrouvera ici des accents développés par M. Zundel (voire par ailleurs) dans sa méditation sur le mystère de l'Eucharistie.

L'acte de foi n'est pas un acte de la raison (p.146). Le beau a donc son rôle à jouer dans l'ouverture au mystère et c'est probablement dans un aller-retour entre objectivité et sensibilité que l'homme peut avancer dans la foi.

Il n'y a pas de voie unique. Le raisonnable a besoin d'être dérangé par le beau et la sensibilité doit en retour être consolidée par la raison.

La lumière de la grâce vient au secours de cette incapacité naturelle. Il faut pour cela descendre de sa tour d'orgueil et oser s'intéresser à la "tour de Dieu", pour percevoir, dans la fragilité du mystère de l'incarnation la faille qui laisse place à l'amour et entraînera en retour la faille de notre propre tour.

De même que l'état amoureux peut devenir agape quand il conduit à la mise en oeuvre des quatre états essentiels d'une esthétique humaine (raison + volonté + Liberté + amour), de même, l'acte de foi doit passer par cette mise en route concomitante de la raison, de son libre arbitre, de sa volonté pour laisser place à l'amour.

Analyse de la jeunesse et de son enthousiasme, des vibrations et ivresses subjectives qui la caractérise (p. 150) doivent laisser place à la maturité.

La maturation de la subjectivité du jugement esthétique conduit ainsi progressivement au discernement et une perception du beau en soi. De la perception subjective on passe à l'imagination intériorisante, avec pour centre la foi en Christ. Il faut pour cela faire le saut de la foi, un abandon de sa tour d'orgueil qui laisse place au Christ.

Ce saut consiste à passer de l'autre côté de la vitrine, d'oser quitter sa place d'être pensant et extérieur (donc distant) pour aller dans l'incarnation du Verbe, vivre en Christ, en confiance et en espérance que cet abandon de soi est structurant et dépassant pour moi.

Il y a ces pelures successives d'un oignon qui bloquent l'arrivée de la foi.

Il faut une mise à nu, une exposition de soi au risque de la foi, de même ampleur que le saut dans l'inconnu du mariage...

Alors la lumière extérieure correspond à la lumière intérieure (p. 160) "Nous l'avons trouvé" (Jn 1,..) Devant la lumière surabondante qui jaillit de cette figure, toute recherche subjective rend les armes. Il faut pour cela, comme Abraham qui marche vers l'inconnu faire alliance.

L'image du mariage, en filigrane continue à porter du sens. En effet rien n'est plus simple pour l'homme que l'acte d'amour, qui dans ce cas peut abandonner toute prudence et tout souci parce que le don de soi à la personne adorée est en même temps un don à la promesse de béatitude éternelle. Rien n'est plus simple pour l'homme que l'acte d'amour, qui dans ce cas peut abandonner toute prudence et tout souci. Lorsque l'aimé est Dieu, l'impression de perdre pied que le moi éprouve dans l'amour authentique est le frisson béatifiant de l'abandon de soi que chaque croyant est disposé à éprouver et que le mystique éprouve déjà (...) abandon de sa propre demeure pour se jeter dans la nuit, flèche ardente qui s'enfonce au milieu du coeur et ouvre le centre du moi pour y enraciner le toi (p. 161).

L'ouverture de l'être comme absolu nous est manifesté comme amour substantiel par un être fini qui est le Christ. Le Christ prenant la condition humaine est médiateur, intermédiaire qui vit dans sa chair l'amour d'un être fini et l'amour trinitaire.

L'esprit, au point où il unit l'homme au Christ, lui donne la liberté divine toute puissance et délivrée, pour lui remettre ensuite cette liberté de grâce comme une liberté qui appartient réellement au propre du croyant et qu'il doit exercer par lui même (...) instant où adhésion humaine est attendue, l'instant où l'individu peut aussi la refuser et choisir l'incroyance. Sous aucun aspect la perception de la révélation ne se produit sous l'effet d'une contrainte (p. 165) et c'est ce qui en fait la force et la douceur.

Pour le croyant les miracles de Jésus ne sont pas d'abord ce qui rend subjectivement la foi plus facile (car il en a à peine besoin) mais le rayonnement sur le domaine sensible de la gloire divine déjà vue spirituellement (p.172).

De même que l'on peut être présent avec tous nos sens lorsque le monde intime d'un beau morceau de musique raisonne en nous et que tout entier l'on se met à vibrer, de même l'homme, par l'abandon et le saut de la foi peut devenir "caisse de résonance" à la beauté qui prend naissance en lui... (p. 186).

Cet abandon nécessite cependant un pas en avant, une obéissance, non pas aveugle mais de l'ordre d'un choix libre. Entre obéissance à Dieu et l'obéissance aux canons esthétiques il y a la même rigueur. Une libre adhésion à une tempérance faite de renoncement.

Cet abandon de soi-même, cette mort à soi-même dont parle le Christ dans ses paroles à Nicodème est un peu le paradoxe de se connaître soi-même comme amour dans le mouvement vers l'aimé et pourtant n'avoir pas le droit de réfléchir sur soi car dans le regard en arrière se perd l'amour. La méditation de la Passion du Christ introduit à cette affirmation.

Il n'y a pas tristesse divine car l'être qui meurt est mort par Amour. Sa mort n'était pas pour lui limité, mais l'expression puissante de son Amour (Jn 10,18) Le croyant n'a donc pas pour lui la mort comme angoisse mais s'il croit vraiment il est au-delà de l'angoisse... (p. 201) Le poids de la vie quotidienne fait que l'on fuit mais pourtant nous savons que seul l'accomplissement de la dure tâche quotidienne et la fidélité à nous conformer en elle taille la pierre précieuse qui doit naître du bloc brut de notre vie (p. 202). La véritable beauté apparaît dans tout son éclat là où le réel lui même a pris figure et où l'antithèse fallacieuse entre illusion et désillusion a été surmontée...

Devant la beauté ou plutôt en elle, tout l'homme vibre. Il s'éprouve lui même comme saisi et possédé par elle. Plus elle est totale moins aussi il réfléchit sur son acte ou sur son état propre du fait de l'unité indissoluble corps et âme. La concordance entre l'acte de foi et l'état amoureux peut encore être évoqué à ce niveau. Mais cette sortie de soi est-elle aveuglement ou naissance d'un désir, d'une force intérieure dont va jaillir l'amour. Comme pour tout état amoureux, la lune de miel provoqué par la découverte du beau n'est que le stade premier d'un état qui demandera ensuite effort, tempérance et persévérance. Il faudra être fidèle en Dieu comme à l'autre, au delà des nuits obscures, pour le meilleur et pour le pire. C'est donc un contrat d'alliance, en toute liberté qui se joue à ce niveau.

Le chrétien désapproprié pour être membre du Christ n'est pas en mesure de comprendre lui-même ni de faire comprendre aux autres sa disposition chrétienne par la psychologie humaine. Il ne peut que s'étonner de la translation de ses dispositions les plus intimes dans une sphère inhabituelle, inconnue de lui (p. 214). Mais n'en est-il pas de même de tout état amoureux ?. Le saut de la foi est en tout point apparenté au saut de l'engagement d'un homme et d'une femme. Il est confiance dans un inconnu qui nous dépasse. Confiance fondamentale en l'autre et entrée dans une dynamique nouvelle de don et de recevoir.

Il est nécessaire, dans ce sens de dépasser le désir pour atteindre une adhésion et le raisonnable (qui clôture en validant la connaissance sensible). Cette coexistence de trois tensions amènent à une réponse. Le désir sans connaissance et sans persévérance est un feu de paille sans lendemain. Il faut persévérer pour atteindre cette illumination de l'expérience. Tout un chemin pour le chrétien moderne qui ne cherche que le tout tout-de-suite, comme pour le jeune amoureux, d'ailleurs, qui diffère et rejette l'engagement dans le mariage.

Urs von Balthasar évoque à ce niveau (p. 251) les bienfaits d'un exercice de discernement de type ignacien. Pour que l'homme dans sa totalité spirituelle et sensible éprouve et réalise finalement le mystère contemplé par l'application des cinq sens...

L'exercice de discernement conduit à une clarté intérieure. Ce qui est beau n'est pas révélé magiquement par une exaltation de l'homme mais se livre de lui même par l'effet d'une faveur incompréhensible à l'homme. C'est ce qui ressort de toute expérience de Dieu.

Autres notes diverses à propos de l'ouvrage...

Il faut pour cela renoncer à la fusion et demeurer amour qui a perdu ses caractéristiques fusionnelles et en même temps peut-être pulsionelles pour se concentrer sur l'amour don, l'agape d'un amour qui laisse vivre hors de soi l'être aimé.

Ce n'est pas l'abondance du savoir qui rassasie l'âme et le satisfait mais de sentir et de goûter les choses intérieurement. Il faut pour cela s'imprégner de temps, du lieu et de l'espace. Lire l'évangile passe par cette découverte intérieure [introduction à lecture de l'évangile Marc et Luc ] La divinité se donne à expérimenter négativement dans la tristesse consumante et le regret et positivement dans sa présence ressentie comme douceur et parfum (p. 318)

Ludolfe le Saxon : Va en Terre Sainte, baise avec ardeur la terre sur laquelle marchait le bon Jésus. Rends toi présent comme il parlait et allait avec ses disciples et avec les pécheurs : voir comme il parle et prêche, va et s'arrête, dort et veille (p.319) "Qu'est-ce que j'aime quand je t'aime (ext des Confessions de St Augustin) "J'aime certaines lumières et certaines voix, certains parfums et certains aliments, étreinte de l'homme intérieur qui est en moi, où brille pour mon âme ce que l'espace ne saisit pas, où résonne ce que le temps rapace ne prend pas, ou s'exhale un parfum que le vent ne disperse pas, où savoure un met que la voracité ne réduit pas, où se noue une étreinte que la satiété ne desserre pas. C'est cela que j'aime quand j'aime mon Dieu" Confessions (10,6) Oeuvres de St Augustin DdB 1962 XIV p. 153-155 Op. Cité p. 320-321

Tendance entre création et alliance : Homme, l'être qui existe avec l'autre homme. Je et Tu qui s'explicite corporellement dans l'homme et la femme (cf Gn 1,27) explicitant l'être à l'image et à la ressemblance de Dieu. "L'homme est un tel être que l'un voit l'autre dans les yeux" ibid p. 299 tr fr. p.270 (p. 322) "Voir réellement l'autre dans les yeux, c'est aussi et automatiquement se laisser voir par l'autre dans les yeux" (P; 271) "Exister dans la rencontre, c'est exister dans l'ouverture de l'autre à l'autre" -> découverte "naissance radicale de toute humanité" Exister dans la rencontre c'est parler l'un avec l'autre et s'écouter l'un l'autre.

Toutes les fois que l'homme désire quelque chose, il en vient à remarquer , il fait l'expérience qu'il ne peut pas se satisfaire de lui même et l'on voit par là que le désir authentique et proprement dit est le désir de Dieu. (p.329** :Nos sens sont essentiellement le coeur ouvert de l'homme. Ils sont les voies sur lesquelles l'amour et le désir du coeur acquièrent puissance et recherche par la rencontre avec les choses et les êtres. Ce désir attend de recevoir, de concevoir grâce à ce qu'a d'essentiel et de durable l'être, c'est-à-dire Dieu, l'homme et la nature. Die sinne und das Wort Gustav Siewert p. 25 cité p. 335

Le beau est l'éclat de ce qui apparaît au fond de l'être. Il est ce qui rassemble dans une atmosphère de liberté p.337 Le son a deux composantes : Parole qui émane du mystère de la personne d'autrui [parole de l'autre] et qui appelle la réponse de la foi [et qui appelle la réponse de la confiance] et musique de la sonorité divine, au fond de nous -> appel divin à découvrir dans l'existence comme une partition [découverte de l'intériorité de l'autre comme on déchiffre une partition] (p.344

a) l'homme n'est pas isolé. il se trouve déjà devant le réel et le plus réel est le Tu : c'est-à-dire l'homme son semblable et Dieu qui l'a crée et l'appelle [limite d'une fuite dans la caverne]. Les deux sont là, l'un avec l'autre (...) l'homme ne peut échapper au Dieu chasseur qui l'oblige à s'arrêter [arrêt]

b) Dieu s'arrête en venant à sa rencontre dans le monde des sens comme le Dieu fait homme. Il se manifeste à lui comme le prochain auquel personne ne peut se dérober...

354 La où toute liberté est laissée à Dieu, Dieu peut s'introduire.

358 Le sacrement est plus qu'un rite : "Il est la chose elle-même sous un voile qui pourtant la révèle." 364 Dieu infiniment libre. Dieu demeure en nous. Il n'est pas seulement celui que l'on voit mais aussi celui auquel on croit.

364 Ce qu'il y a d'indivisible depuis la création du monde se laisse voir à l'intelligence à travers ses oeuvres, son éternelle puissance et sa divinité (Rm 1,18)

365 Cette diversité de l'invisible, rayonnant dans le monde visible est appelée tout de suite après "gloire" (1,23)

369 Ne pas céder à la tendance platonicienne qui disait que le corporel n'est qu'une étape vers la découverte du spirituel. Le Christ ne peut se révéler sans son incarnation. "La modalité que l'image expressive de Dieu acquiert à cause du péché ne supprime pas son caractère de révélation ". Dieu est amour.

Pour quiconque à su déchiffrer l'image du Fils ensanglanté la persistance de cet engagement dans l'Eucharistie est (...) inclus dans l'acte de Dieu s'engageant lui même avec liberté et logique divine dans la révélation...

376 Ce n'est pas pour se combler soi-même, pour prendre conscience de sa propre profondeur que l'amant se donne, mais pour se confier à une nature qui est en lui et pourtant le dépasse... (...) laisser agir cette grande loi à travers lui, sans y faire obstacle. [id + loi = amour]

378 Diversité : non dans l'unité des deux que se voile et se révèle la véritable unité. Révélation comme créateur libre mais voile aussi plus profondément.

387 L'obscurité de la chair aurait pu être le silence du Verbe mais non. Le Fils révèle Dieu dans sa forme d'esclave, mais le Saint Esprit splendeur de Dieu illumine cette forme d'esclave et fait apparaître sa gloire. De plus, ce que le Christ a dit en des termes ordinaires dit plus que l'homme ne peut dire sur Dieu. L'esprit révèle cette humanité.

388 Tandis que cet homme (Jésus) est vu tel qu'il se donne, il faut aussi qu'il soit entendu comme étant la Parole du Père, l'affirmation décisive de Dieu qui résume et conclut toute la révélation de la parole (He 1, 1-3) 1º condition : admettre tout sans supprimer ex : sans nier la résurrection 2º ne pas écarter de la dimension trinitaire...

401 Une parole qui vient d'en haut (Sermon /Montagne) puis devient progressivement une Parole proférée par la Chair du Christ, exprimée par elle, une Parole étouffée par l'épaisseur de la Chair du Christ (...) jusqu'à ce que l'homme tout entier, devenu langage de Dieu, non seulement profère la Parole de Dieu avec son corps et avec son âme mais soit cette Parole... non dans une langue herméneutique mais dans une langue devenue enfin intelligible à tous, de la passion et de la mort ; langue non contrainte et forcée mais issue de l'amour.

Image de Dieu : Christ embrasse le dynamisme qui le rend capable de parler et d'agir avec la puissance divine [et] de souffrir et de mourir dans l'impuissance humaine : Cette image n'est pas incohérence mais unité car disposition identique c'est par obéissance. Non hybris car obéissance dans la kénose, c'est l'obéissance jusqu'à la mort qui lui permet de se faire Dieu.

410 Chez Marc l'obscurité est comme un voile autour d'un noyau lumineux. Chez Jean, c'est en se cachant que la lumière se révèle : en aimant jusqu'à la fin.

413 Le déplacement d'une intensité inouïe, d'un centre qui est lui même immobile et qui dans sa simplicité apparaît inévitable et inimitable.

Simplicité d'une facilité enfantine si justement nous étions des enfants.

Simplicité à laquelle tendent les techniques religieuses de l'Asie (qui y arriverait si elle ne visaient Dieu en évitant l'homme)

419 Sans l'Esprit Saint, le grain de Sénevé ne pourra devenir plante (dynamis, enthousiasme)

420 Unicité de la Figure. Le Christ n'est rien sans l'Ancien Testament.

 

Promesse et accomplissement.

442 pour voir la figure du rédempteur il faut un retournement intérieur, d'ou la question : le Christ en croix est-elle la bonne image, ou ne faudrait-il pas un Christ glorieux 518 " Un être n'est vrai en lui même que dans la mesure où il est vrai pour les autres. Il n'est bon et précieux en lui que s'il est digne que d'autres tendent vers lui".

545 Tupos Paul : voile placé sur Israël qui masque sa compréhension de lui même. Ce voile tombe quand on se convertit au Seigneur (1 Co 3,16) 546 Le drame du Christ reste invisible au monde.

548 Dieu écrit droit sur des lignes tortueuses . L'Ancien Testament et le Nouveau constitue ensemble l'unique révélation de Dieu

549 Technologie du dévoilement sans aucun autre exemple...

556 Dieu qui souffre le pire tourment lorsque ce perd la figure qu'il avait choisi, et qui ne craint pas de révéler cette figure douloureuse qui est la sienne, la face de l'amant humilié. Il n'hésite pas à s'humilier et à courir après l'indigne pour la ramener avec des serments et des promesses humiliantes.

 

* Extraits tirés de "Hans URS von BALTHASAR La Gloire et la Croix Tome 1 Apparition Cerf DDB Trad. R Givord Edº 1990 DDB

** Les numéros correspondent aux pages dont sont tirés ces courts extraits...

Bibliographie :

- Livre de Poche :

La foi du Christ , Editions Foi Vivante, Collection Pensée Chrétienne, Cerf Paris 1994

Pâques, Le Mystère, , Editions Foi Vivante, Collection Pensée Chrétienne, Cerf Paris 1996

- Autres collections...

La Gloire et la Croix Cerf DDB Trad. R Givord Edº 1990 DDB

Dieu et l'homme d'aujourd'hui, DDB 1966

 

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Découvrez aussi le dernier livre de C. Hériard sur Hans Urs von Balthasar : Retires tes sandales !

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