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De l'affrontement au dialogue... Note de lecture sur le dernier
livre de J. Dupuis...
Quel est le plan de Dieu sur l'homme, pourquoi les nations
sont elles divisées et différentes dans leur
religion. Toutes les traditions religieuses du monde sont
elles destinées dans le plan de Dieu à converger
? Ou, Quand et Comment ?
Telles sont les questions qui surgissent d'une contemplation
de notre monde actuel marqué, malgré sa globalisation
par une multi-religiosité si diversifiée. Dans
une vision plus restreinte, l'Eglise avait eu tendance à
se réfugier dans l'adage d'un disciple de St Augustin
: "Hors de l'Eglise point de Salut". Mais cette affirmation
ne peut se maintenir à l'échelle d'une planète
si diversifiée. De plus, cela ne peut correspondre
à l'idée que l'on se fait d'un Dieu miséricordieux
qui ne veut pas la mort du pécheur. Alors ?
Est-il sauvé par l'unique médiation du Christ
ou faut-il voir dans chaque homme comme l'affirme Vatican
II des "semences du verbe" ou la main de Dieu (Esprit-Saint
ou Christ) qui influence dans son intériorité
de manière implicite ou explicite un travail de Dieu
vers le Règne à venir...
L'Esprit Saint offre à tous d'une façon que
Dieu connaît, la possibilité d'être associé
aux mystères pascal disait Vatican II (Gaudium et Spes
22)...
Jacques Dupuis dans son deuxième ouvrage trace des
chemins vers une ouverture mesurée de l'Eglise vers
un dialogue plus fécond. Depuis la surprise du Christ
devant la foi du Centurion à celle des théologiens
modernes sur la non-dualité de Dieu dans l'hindouisme,
nous avons tous à gagner de l'apport d'un autre différent...
Dans ce sens, l'Eglise peut se faire moins prétentieuse,
plus pauvre, non par calcul, mais parce qu'une voie plus "inductive"
(intérieure et non dogmatique) peut tracer des ouvertures
vers une rencontre de l'autre, en qui Dieu est aussi présent,
à sa manière...
L'Eglise en (re-)découvrant la voie de l'humilité
peut devenir sacrement, c'est-à-dire signe visible
de l'oeuvre de Dieu au service du royaume qui vient. J. Dupuis
rappelle certaines phrases de Jean Paul II qui dit que l'attitude
missionnaire commence toujours par une attitude de profonde
estime face à ce qu'il y a en tout homme (Jn 2,25),
dans ce que lui même, au fond de son esprit a élaboré...
Un respect fondamental pour ce que l'Esprit a opéré
en lui (Redemptor Hominis 12).
De même, Redemptoris missio parle de ce qui est accessible
aux personnes extérieurs à l'Eglise en vertu
d'une grâce qui tout en ayant une relation mystérieuse
avec l'Eglise ne les y introduit pas formellement, mais les
éclaire, d'une manière adaptée à
leur mode de vie.
Dupuis note aussi que le Conseil pontifical pour le dialogue
interreligieux considère que "C'est dans la pratique
sincère de leur religion et en suivant la direction
de leur conscience que les membres des autres religions répondent
positivement à l'appel de Dieu et reçoivent
le salut en Jésus Christ même s'ils ne le reconnaissent
pas comme sauveur".
Mais il va plus loin et nous invite à considérer
que pour tout homme, un échange avec Dieu est possible
au fond de sa conscience. C'est croire que la présence
de Dieu garde un pouvoir illuminant pour tout homme.
Or tout homme prépare le règne de Dieu et l'Eglise
est au coeur de cette préparation. Sa mission spécifique,
conclut J. Dupuis est d'être d'abord présence,
service et dialogue. Dialogue de la vie, dialogue des oeuvres,
dialogue religieux avant toute annonce ou sacramentalisation
(prière et contemplation).
Le dialogue est l'expression authentique de la mission d'évangélisation
qui n'empêche pas (si Dieu le veut ainsi) que l'on puisse
inviter d'autres à devenir disciples.
Etre sacrement, c'est témoigner d'une charité
active et faire preuve d'empathie : Passer au delà
de ses convictions pour découvrir l'autre tel qu'il
est et faire retour.
Cette confrontation avec d'autres religions peut faire faire
un saut à la foi chrétienne...
Il s'agit plus d'ailleurs d'une empathie, d'une démarche
inductive, ou l'on part du concret des autres religions pour
y trouver des éléments de vérité
et de grâce... (Vatican II, Ad Gentes 9). C'est une
relecture de Jérémie 31,31 :"Je déposerai
mes directives au fond d'eux-mêmes". Cela passe par
une ouverture au monde Juif, qui peut servir pour nous chrétiens
de catalyseur pour réorienter nos rapports avec les
autres religions.
A l'aune de cette ouverture, on peut ainsi découvrir
que chaque religion est unique et dans cette unicité
les religions s'enrichissent mutuellement. La rencontre, le
dialogue permet de créer une communauté où
les divergences deviennent complémentaires et se transforment
en indicateurs de communion...
(cf. XIII Assemblée annuelle de l'association de théologie
indienne 28-31/12/89).
Cela ne veut pas dire que notre foi chrétienne ne
reste pas au centre de notre propre recherche. En effet, pour
nous, si chaque religion contient une approche de l'homme
par Dieu, dans le Christianisme, l'avance de Dieu vers l'homme
devient pleinement humaine et c'est pour nous une richesse
certaine.
En ce sens, et comme le notre J. Rigal, l'Eglise est sacrement,
non moins signe d'elle même mais lieu de dévoilement
du salut sans pour autant le posséder.
Le dialogue avec les autres religions ne consiste pas en
une mise entre parenthèses de notre foi, ni en un syncrétisme
mais bien dans l'accueil de nos différences sans renoncer
à nos convictions personnelles. Reconnaître les
contradictions, chercher une plus grande compréhension
de nos différences sans absolutiser certains éléments
de notre foi mais les placer dans un ordre relatif. Passer
au delà et faire retour [empathie], en refusant tout
monopole de la Vérité divine.
Jacques Dupuis complète cette analyse déjà
largement présente dans son premier ouvrage (le deuxième
est plus accessible et moins polémique, sous l'influence
d'une relecture par d'autres) par une invitation à
la prière commune.
Il cite ce qui a été à l'origine de
la rencontre d'Assise : Etre ensemble pour prier, mais invite
aussi à aller plus loin : quelquefois prier ensemble
(partage et méditation,...) en cherchant des textes
qui n'heurtent pas nos sensibilités mais tracent des
chemins vers une prière d'un Dieu ou d'une Réalité
Ultime dans lequel on peut se rejoindre au delà de
tout syncrétisme et dans le respect de nos différences.
Ainsi, alors qu'une unique et même alliance réunit
juifs et chrétiens, on peut prier ensemble des psaumes,
voire le Notre Père..
Avec nos frères en Abraham, qui affirment que "Notre
Dieu et votre Dieu est Un" (Sourate 29,46) des prières
communes sont possibles. J. Dupuis cite notamment la Fatihah
:
- Au nom d'Allah le bienfaiteur Miséricordieux.
- Louange à Allah,
- Seigneur des Mondes
- Bienfaiteur miséricordieux,
- Souverain du Jour du Jugement [C'est] Toi [que] nous adorons,
- Toi dont nous demandons l'aide !
- Conduis nous [dans] la Voie droite,
- La Voie de ceux à qui
- Tu as donné Tes bienfaits,
- qui ne sont ni l'objet de [Ton] courroux ni les Egarés
(Sourate 1)
Avec les autres religions la prière est plus délicate,
du fait de différents sur Dieu ou l'Ultime réalité.
Mais J. Dupuis rappelle des textes qui se rejoignent comme
l'hymne attribué à St Grégoire de Naziance
ou des extraits de la Badhavagita Pour finir, J. Dupuis a
cette phrase remarquable : "Le pluralisme religieux se fonde
sur l'immensité d'un Dieu qui est Amour et Communication..."
Jacques Dupuis La rencontre entre le Christianisme et les
autres religions.
De l'affrontement au dialogue de Jacques Dupuis
Cerf 2002 ISBN 2-204-06950-7 35 Euros Editions du Cerf,
Paris 2002 http://www.editionsducerf.fr
Du même auteur :
Vers une théologie chrétienne
du pluralisme religieux Cerf, Paris 1997
ISBN 2-204-05759-2, 290 F
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