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Cet ouvrage de Jean-G Lemaire est considéré
par beaucoup comme l'ouvrage de référence en
matière de compréhension de la psychologie du
couple.
A partir de nombreux exemples cliniques, Jean Lemaire y analyse
en effet nombreux comportements normaux ou déficients
du couple et trace ainsi des chemins pour ceux qui ont à
coeur d'orienter et pacifier des couples en difficultés.
PMC interactif, qui héberge depuis longtemps le site
"Bonheur dans
le couple" http://bonheur.couple.free.fr
se devait de vous présenter un petit aperçu
de cet ouvrage magistral.
Il serait difficile d'en présenter en quelques lignes les
grandes idées forces. Nous tracerons juste quelques chemins,
relevés à la lecture de ce texte dense... Jean Lemaire
défini le conjugal comme un lien amoureux marqué par
une intention avouée ou non avouée de durée...
Cette définition va marquer son analyse. Ainsi, lorsqu'il
décrit les conflits, il notera qu'ils prennent traces et
origines dans le compromis du départ qui a conduit deux
personnes à se préférer.
Les forces qui les ont poussé à s'aimer et se
choisir et qu'ils s'efforcent de vivre, s'organisent de
manière soit pulsionnelle, soit défensive, protectrice.
L'intrication des défenses de chacun et leur collusion
s'explique pour lui par leur désir de combler les manques
propres à chaque individu.
En page 54, il cite ainsi l'analyse de Freud qui considère
qu'on aime : ce qu'on est soi même, ce qu'on a
été, ce que l'on voudrait être, la personne qui a
été une partie de la personne propre et ... la
qualité qu'on voudrait avoir.
Le conjugal introduit de fait un minimum de
réciprocité avec de forte attente, soit d'une
satisfaction à court terme ou une contribution à
l'équilibre personnel et à l'organisation
défensive du Moi en face d'un ensemble pulsionnel jamais
totalement contrôlé.
Pour Freud, l'objet recherché est fixé dès le
départ, avec un fort héritage parental. La
répétition du lien originel (enfant/parent) en
adhésion ou opposition à la relation parentale guide
ainsi la relation conjugale Cette théorie est rejointe par
Mélanie Klein qui fait un lien fort entre le nourrisson et le
couple. La capacité à vivre le deuil de l'objet premier
est ainsi un véritable critère du degré de
maturité atteint dans la relation.
A l'inverse, l'exclusion de tout conflit permet le maintien du
partenaire temporairement choisi dans le cadre des bons Objets.
Certains comportements résulte du désir de se
préserver d'un amour intense ou l'individu cherche à
tout pris à éviter d'être engloutis et
dévorés réaction en retour d'une mère
trop intrusive.
Le choix du partenaire dérive de cet héritage
infantile. Il explique que certains recherche des compléments
plus faible ou plus fort, avec une problématique sexuelle
masquée.
Ainsi la défaillance du partenaire est souvent choisie et
attendue.
Quand ce dernier accepte un rôle substitutif, il en tire des
bénéfices narcissiques et éventuellement
masochistes. A l'inverse quand le rôle de protecteur chute le
couple est profondément déstabilisé.
L'une des analyses les plus intéressantes de Lemaire est
celle des processus complexes du choix du partenaire, qui
s'établit sur la base d'antécédent social et
familial et d'attraction pulsionnelle évidente.
Pour lui, la distribution des rôles inconscients avec leur
enchevêtrement crée la force de l'attraction mutuelle
spécifique. La perception inconsciente d'une
problématique commune, avec simultanément des
manières complémentaires d'y réagir chez l'un et
l'autre constitue ce qu'il appelle le principe de collusion : ce jeu
inconscient des attitudes des deux partenaires dont
l'évolution affective est marquée de caractère
communs lié, chez chacun d'eux à une
problématique non résolue et refoulée chez l'un
comme chez l'autre.
Hors la collusion est pour lui à l'origine du coup de
foudre.
Ainsi l'histoire du couple est une série de cycles
répétitifs formés de clivages idéalisants
puis de phases de deuil constamment renouvelées.
A propos du coup de foudre, il note page 151 que les
bénéfices narcissiques sont tels qu'ils tendent
à réorganiser totalement l'équilibre psychique
du sujet... La collusion serait donc un moyen de maintenir
inconsciemment et refoulée toute perception
désagréable. Il montre qu'ainsi Roméo et
Juliette sont d'autant plus amoureux qu'ils meurent avant même
de consommer...
En période de crise, cet aveuglement est tel que le
conjoint peut aller jusqu'à scinder le partenaire en deux avec
une partie idéalisée et une partie jugée
mauvaise mais dont il ne serait pas responsable... La construction du
couple s'établit ainsi non pas sur la personne mais sur une
image idéalisée de l'autre, avec un refus du
réel.
Page 156, Lemaire affirme ainsi que c'est lorsque la collusion se
situe au niveau narcissique le plus profond que les
conséquences sont les plus grandes. A l'issue de cette lune de
miel, la désidéalisation devient une crise dont on peut
sortir de trois façons :
1) agressivité et désinvestissement qui conduisent
à la mort du couple, 2) dérivation autour de l'enfant
ou protection de la relation 3) liens nouveaux, nouvel apprentissage
qui permet recréation du conjugal après une phase de
deuil.
La période fusionnelle est de fait structurante pour le
couple et ne doit pas être moralisé. Le comblement
narcissique permet un effacement du manque sans souffrance.
En ce sens, l'état amoureux est un havre de paix dans un
monde de compétition exacerbé, expliquant d'ailleurs
une tendance au surinvestissement du conjugal.
Hors, ajoute-t-il, page 181, l'illusion de l'état amoureux
peut se maintenir même après le divorce. Elle peut avoir
un rôle positif dans la gestion de la crise.
A l'inverse, l'ampleur de la déception est égale
à l'ampleur de l'attente, c'est à dire infinie.
Lorsqu'un tiers extérieur comme le chômage est
révélateur du réel il conduit à une
désidéalisation parfois brutale.
Cependant la crise qui survient n'est pas rupture mais moyen
même par lequel le couple va restructurer son fonctionnement
propre.
En matière de sexualité, Lemaire a plus loin (p.271)
une analyse intéressante lorsqu'il démontre que le
système-couple entier fonctionne parfois à travers les
préludes. Les partenaires se découvrent
progressivement, très lentement.
Parfois, il faut cependant un décodage a posteriori à travers
la parole, notamment quand des comportements non verbaux traduisent
justement une absence d'écoute mutuelle. Plus loin
Lemaire note que la séduction implique une croissance
de la communication mais cette communication s'effondre vite
dans la cristallisation de rapport institués sauf lorsque
le couple est capable de renouveler les lieux de communication.
Enfin dans la conclusion, il note que la durée dans le couple ne consiste
pas à se contenter d'accepter l'usure mais au contraire
dans cette capacité à reconstruire du neuf.
Une dynamique qui pour nous chrétiens touche à
l'espérance, qui n'est pas humaine mais théologale,
c'est-à-dire don de Dieu...
A méditer,...
Lemaire, Le couple, sa vie, sa mort
Edition : Science de l'Homme Payot Paris 1979 ISBN 2-228-88299-2
(voir à ce sujet, le chapitre
"Bonheur dans le Couple" qui tracent des pistes creusées
notamment à la suite de cette lecture... )
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